Grégoire Delacourt a publié La liste de mes envies en 2012. Le roman raconte l’histoire de Jocelyne, mercière à Arras, qui gagne au loto et décide de ne pas encaisser le chèque. Cette trame narrative, loin du simple divertissement, pose une question mesurable : entre ce que l’on désire et ce que l’on possède, quel écart existe réellement ? Et que révèle cet écart sur la manière dont on organise sa vie ?
Roman, film et pièce de théâtre : les formats de La liste de mes envies comparés
Le livre n’est pas resté confiné aux rayons des librairies. Il a été adapté au cinéma en 2014, puis décliné en pièce de théâtre. Chaque format traite le même matériau, le renoncement volontaire face à l’argent, avec des outils narratifs différents.
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| Format | Support | Angle dominant | Public visé |
|---|---|---|---|
| Roman (2012) | Texte, lecture individuelle | Monologue intérieur, introspection lente | Lecteurs de fiction contemporaine |
| Film (2014) | Écran, narration visuelle | Mise en scène du changement de vie | Grand public, spectateurs occasionnels |
| Pièce de théâtre | Scène, interaction directe | Réflexion sur le désir et le tri des priorités | Amateurs de théâtre, groupes de discussion |
Le passage d’un format à l’autre montre que le récit fonctionne comme une trame de questionnement personnel. Le roman offre un temps de digestion plus long. Le film condense l’émotion sur moins de deux heures. La pièce de théâtre, elle, confronte le spectateur en temps réel à la question du renoncement.
Cette déclinaison en trois supports explique en partie pourquoi le livre est régulièrement réédité et intégré dans des sélections de développement personnel autant que de littérature.
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Sobriété choisie et consommation raisonnée : ce que le livre met en lumière
Le geste de Jocelyne, refuser un gain financier considérable, entre en résonance avec un mouvement plus large. Les réflexions sur la simplification volontaire et la consommation raisonnée se sont multipliées ces dernières années. Le roman ne théorise rien. Il raconte un choix concret, et c’est précisément ce qui le rend opérant comme outil de réflexion.
La plupart des contenus en ligne qui mentionnent ce livre le classent parmi les lectures « feel-good » ou « cocooning ». Cette catégorisation passe à côté du mécanisme central du récit : le tri entre envies superficielles et besoins réels.
Pourquoi ce roman dépasse la catégorie feel-good
Un livre feel-good produit du réconfort temporaire. La liste de mes envies produit un inconfort productif. Le lecteur est poussé à se demander ce qu’il ferait à la place de Jocelyne, non pas face à un gain au loto (scénario improbable), mais face à la question quotidienne de ce qui compte vraiment.
Cette distinction est rarement traitée dans les articles concurrents, qui se limitent à des listes de recommandations sans analyser le mécanisme de lecture.
Construire sa propre liste d’envies : méthode concrète après la lecture
Le titre du roman suggère un exercice que la majorité des lecteurs ne réalisent jamais : écrire sa propre liste. Tenir un journal de ses envies, même quelques minutes par jour, transforme une lecture passive en projet actif.
- Lister ses envies sans filtre pendant une semaine, dans un carnet ou un journal dédié, sans censurer ni hiérarchiser
- Relire la liste après sept jours et séparer les envies liées à la consommation (objets, achats) de celles liées à des changements de vie (travail, relations, rythme quotidien)
- Identifier les trois envies qui reviennent le plus souvent et évaluer ce qui empêche concrètement de les réaliser
- Comparer cette liste avec celle de Jocelyne dans le roman pour mesurer l’écart entre fiction et réalité personnelle
Écrire ses envies force à distinguer le plaisir immédiat du changement durable. Le roman de Delacourt fonctionne ici comme un déclencheur. La liste, elle, devient un outil autonome.
Ce que révèle l’exercice sur la manière de vivre
La plupart des personnes qui font cet exercice constatent que leurs envies matérielles occupent une place disproportionnée par rapport à leurs envies relationnelles ou professionnelles. Ce déséquilibre n’a rien de surprenant : la consommation est plus facile à formuler qu’un projet de vie.
Le roman met en scène exactement ce décalage. Jocelyne, avant le loto, vit une existence modeste mais structurée autour de liens humains. L’argent ne crée pas de nouvelles envies, il révèle celles qu’on refusait de voir.

Lecture de développement personnel ou fiction littéraire : où classer ce livre
Les librairies et les plateformes en ligne hésitent. On retrouve La liste de mes envies aussi bien dans les rayons « roman français » que dans les sélections « livres pour changer de vie » ou « lectures de bien-être ». Cette double classification traduit un phénomène éditorial plus large : certains romans fonctionnent comme des outils de questionnement personnel sans appartenir au genre du développement personnel.
En revanche, un livre de développement personnel classique propose des conseils, des étapes, des méthodes. Le roman de Delacourt ne prescrit rien. Il expose une situation et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions.
- Un livre de développement personnel dit « faites ceci » ; ce roman montre « voilà ce qui arrive quand on choisit »
- Les sélections de lectures bien-être le placent à côté de titres comme L’Alchimiste de Paulo Coelho ou Le Sel de la vie de Françoise Héritier, mais son mécanisme narratif est différent
- Sa réédition régulière confirme qu’il touche un public qui cherche à repenser sa vie par la fiction, pas par l’injonction
Le livre ne donne pas de conseils, il pose une situation qui oblige à réfléchir. Cette approche convient aux lecteurs qui résistent aux formats prescriptifs du développement personnel traditionnel.
Un nouveau rapport entre fiction et changement de vie
La montée des lectures dites « bibliothérapeutiques » place des romans comme celui-ci dans une zone hybride. Le monde éditorial intègre de plus en plus la fiction dans les parcours de réflexion personnelle. La liste de mes envies s’inscrit dans cette tendance sans l’avoir anticipée.
Le roman reste un objet littéraire. Sa force tient à ce qu’il ne cherche pas à transformer le lecteur. Il raconte une histoire simple, celle d’une femme qui refuse ce que tout le monde accepterait, et cette simplicité provoque un effet miroir difficile à obtenir avec un manuel pratique. Relire ses propres envies après cette lecture change la manière de les formuler.

