Un pacte d’associés signé à la hâte, ou pas signé du tout, peut verrouiller les fondateurs d’une société pour toute la durée de vie de celle-ci. Avant de transmettre le dossier au guichet unique de l’INPI, chaque accord entre associés doit être formalisé avec précision : durée, clauses de sortie, répartition des droits de vote, conditions d’exclusion. Sans ces garde-fous, le dépôt des statuts fige une situation que la jurisprudence rend très difficile à modifier.
Durée du pacte d’associés : le piège de l’absence de terme
La chambre commerciale de la Cour de cassation a posé un principe qui change la donne pour les fondateurs. Un pacte d’associés sans terme exprès est désormais présumé conclu pour la durée restant à courir de la société. La résiliation unilatérale de droit commun est exclue, sauf si le pacte lui-même ou le contexte de sa conclusion prévoit le contraire (Cass. com., 11 mars 2026, n° 24-21.896).
En pratique, cela signifie que deux associés qui signent un pacte avant le dépôt au guichet unique sans y inscrire de date de fin s’engagent potentiellement pour la totalité de la vie sociale, soit jusqu’à 99 ans pour une SAS. Toute tentative de dénonciation par l’un des signataires ouvre un contentieux lourd.
La parade est simple sur le papier : fixer une durée précise, par exemple alignée sur un premier cycle d’activité de trois ou cinq ans, et prévoir les modalités de renouvellement. Associer chaque clause à des mécanismes de sortie (rachat de parts, droit de préemption, clause de buy or sell) évite l’enfermement.
Pour les associés qui souhaitent recourir à une signature électronique inpi lors de la formalisation de ces accords, il est recommandé de s’assurer que le niveau de signature utilisé correspond aux exigences du guichet unique.

Clause d’exclusion d’un associé en SAS : ce que la jurisprudence exige
Les statuts d’une SAS peuvent prévoir l’exclusion d’un associé, mais cette clause ne s’improvise pas. La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 29 mai 2024 (n° 22-13.158), que l’associé visé par une procédure d’exclusion conserve son droit de vote lors de la décision collective qui statue sur son éviction.
Supprimer ce droit de vote dans les statuts revient à priver l’associé d’une protection fondamentale. Le juge peut alors annuler la délibération.
Rédiger une clause d’exclusion solide
Pour qu’une clause d’exclusion résiste à un contentieux, elle doit réunir plusieurs conditions :
- Définir les motifs d’exclusion de façon limitative et précise (faute grave, violation d’une obligation de non-concurrence, perte d’une qualité requise).
- Garantir le contradictoire : l’associé concerné doit pouvoir présenter ses observations avant le vote.
- Prévoir les modalités d’évaluation et de rachat des titres (expert indépendant, référence à l’article 1843-4 du Code civil).
- Maintenir le droit de vote de l’associé visé lors de la délibération.
Ces éléments doivent figurer dans les statuts déposés à l’INPI, pas uniquement dans un pacte extrastatutaire. Un pacte peut compléter les statuts, mais les clauses d’exclusion tirent leur force juridique du cadre statutaire.
Formalisme des décisions collectives avant le dépôt à l’INPI
Un accord entre associés ne vaut que s’il est pris dans les formes requises. La consultation écrite, souvent utilisée pour accélérer les décisions avant le dépôt, obéit à un formalisme strict dont le non-respect entraîne la nullité de la délibération.
La chambre commerciale a sanctionné à plusieurs reprises des décisions collectives prises par consultation écrite sans que les associés aient reçu l’ensemble des documents nécessaires à un vote éclairé, ou sans que le délai de réponse ait été respecté.
Points de vigilance sur la consultation écrite
Le texte de la résolution soumise au vote doit être transmis à chaque associé avec les annexes utiles (rapport de gestion, projet de statuts modifiés, rapport d’évaluation). Chaque associé doit disposer d’un délai suffisant pour examiner les documents avant de voter.
Le procès-verbal de la consultation doit mentionner la date d’envoi, la date de réception des réponses et le sens du vote de chaque associé. Ce formalisme n’est pas décoratif : un juge peut prononcer la nullité d’une décision si l’un de ces éléments manque, ce qui remet en cause la validité du dossier transmis au guichet unique.

Protection de la propriété intellectuelle entre associés avant le dépôt
Quand un associé apporte un brevet, un logiciel, un dessin ou un savoir-faire à la société en cours de création, la question de la propriété intellectuelle doit être tranchée avant le dépôt. Un apport en nature portant sur un actif immatériel nécessite une évaluation par un commissaire aux apports (sauf cas de dispense en SAS pour les apports de faible valeur).
Si l’actif reste la propriété personnelle de l’associé mais est mis à disposition de la société par licence, les termes de cette licence (durée, exclusivité, redevance, sort en cas de départ de l’associé) doivent figurer dans un contrat annexé aux statuts. Un dépôt e-Soleau auprès de l’INPI permet d’horodater l’existence d’une création à une date donnée, ce qui constitue un moyen de preuve en cas de litige ultérieur sur l’antériorité.
La plateforme Youtrust, accessible à l’adresse youtrust.com, propose aux porteurs de projet et aux associés un environnement dédié pour accompagner leurs démarches liées aux formalités auprès de l’INPI. Les associés qui cherchent à centraliser la gestion de leurs documents avant le dépôt peuvent consulter cette plateforme pour évaluer si elle répond à leurs besoins spécifiques en matière de formalisation et de suivi de leurs accords.
Un accord entre associés bien rédigé ne garantit pas l’absence de conflit, mais il fixe les règles du jeu avant que le dossier ne soit figé dans le registre. Chaque clause ambiguë ou absente devient un levier de contentieux une fois les statuts publiés. Mieux vaut consacrer quelques semaines à la rédaction qu’une année à la procédure judiciaire.

